Guide pratique

Spot insolite : Déca Plage, surfer en Algérie à trente kilomètres d’Alger

Un beach break méditerranéen qui ne se réveille que quelques jours par hiver, une poignée de surfeurs qui se connaissent tous, et personne d’autre. Ce qu’il faut savoir avant d’y emporter une planche.

Déca Plage est une plage de sable au bout est d'Aïn Taya, à une trentaine de kilomètres d'Alger, adossée à une pinède. L'été, c'est une plage familiale avec maîtres-nageurs et parasols. L'hiver, quand une dépression s'installe au sud de la France, c'est l'un des meilleurs beach breaks d'Algérie, et l'un des rares où vous trouverez quelqu'un à l'eau.

Il n'y a ni surf camp ni école installée, et ce n'est pas une destination où l'on réserve une semaine. C'est un spot qu'on va voir parce qu'on passe par Alger, ou parce qu'on a envie de surfer une côte où presque personne n'a jamais posé de planche.

La vague

Des bancs de sable, des pics qui partent à droite comme à gauche, et des vagues courtes et creuses : moins de cinquante mètres de ride, puis le bord. La plage plonge vite, donc la vague se lève d'un coup et casse fort. Les jours moyens, un intermédiaire s'y amuse. Dès que la houle dépasse le mètre et demi, c'est un spot de surfeur confirmé, qui tient jusqu'à trois mètres et plus.

Il lui faut une houle de nord, nord-ouest ou nord-est. En dessous d'un mètre, il ne se passe rien.

La marée compte peu, et c'est la première surprise pour qui vient de l'Atlantique : en Méditerranée, elle se mesure en dizaines de centimètres. Ce qui fait et défait la session, c'est le vent et la durée de la houle.

Une houle qui naît à côté

La houle de Déca ne vient pas de l'autre bout d'un océan. Elle naît du mistral : quand une dépression se creuse sur le golfe du Lion, le vent de nord-ouest descend la Méditerranée sur sept cents kilomètres et vient frapper la côte algérienne. Ça donne deux caractères qu'il faut connaître :

  • des périodes très courtes, parfois trois ou quatre secondes entre deux vagues. Le line-up est agité, les séries arrivent serrées, et vous passerez beaucoup de temps à faire des canards ;
  • des fenêtres brèves. Une houle de mistral dure un jour ou deux, se prévoit mal, et peut s'éteindre aussi vite qu'elle s'est levée. Le choc entre l'air froid d'Europe et l'air chaud d'Afrique rend la Méditerranée difficile à prévoir, même pour ceux qui la surfent depuis des années.

Sur une semaine en janvier, comptez sur un épisode, parfois deux, et des journées plates entre les deux.

Quand y aller

De novembre à février. C'est la saison des dépressions sur la Méditerranée occidentale, et donc la seule où Déca se réveille vraiment.

L'été, la houle disparaît et le vent d'est s'installe. La plage passe aux véliplanchistes et aux kitesurfeurs, et à la foule des vacances algéroises. S'il y a une petite vague, elle se surfe tôt, avant neuf heures, avant que le vent et les baigneurs n'arrivent.

L'eau, et la combinaison

MoisEauCombinaison
Novembre19 à 20 °C3/2 mm
Décembre17 °C3/2 ou 4/3 mm
Janvier15 °C4/3 mm
Février14 à 15 °C4/3 mm, chaussons si vous êtes frileux

Janvier et février sont les mois les plus froids de l'année, et ce sont aussi ceux où la houle passe. L'air reste doux à midi, autour de seize ou dix-sept degrés, mais la sortie de l'eau un matin de mistral se fait en grelottant.

Qui est à l'eau

Une poignée de surfeurs algérois, qui se connaissent tous et se retrouvent ici dès que les prévisions s'allument. L'ambiance est amicale, et un visiteur qui arrive avec sa planche est une curiosité plus qu'un intrus. Le matériel est rare en Algérie : la plupart des planches et des combinaisons du line-up ont été achetées à l'étranger et ramenées dans un sac de voyage.

C'est de cette petite bande qu'est sorti Khaled Zirour, plusieurs fois champion d'Algérie et premier surfeur sponsorisé du pays, qui tient aujourd'hui une école de surf à Nusa Lembongan, en Indonésie. Et il n'y a pas si longtemps, Dihya Nasri, vétérinaire et nageuse en équipe nationale, passait pour la seule surfeuse du pays.

Dans La vie d'Abdèle, Izza Amar fait de son héroïne deux sœurs kabyles : l'une part en France à dix-huit ans, l'autre reste. Avec une planche, Abdèle n'aurait pas eu à choisir : à Déca, on part chaque matin vers le large et on rentre toujours au pays. Et elle aurait doublé l'effectif féminin du line-up.

Autour de Déca

Déca n'est pas seule sur cette portion de côte. Les plages d'Aïn Taya s'enchaînent sur quelques kilomètres, et quand l'une ferme, une voisine peut marcher :

  • Les Canadiennes (plage de Terfaya), juste à côté, autre beach break de la même famille ;
  • Surcouf (Aïn Chorb), entre Déca et Tamaris, où le sable se mêle de rochers et d'une plateforme rocheuse ;
  • Tamaris, la « grande » plage, au centre d'Aïn Taya.

Les jours plats, le cap Matifou est à deux pas, avec les ruines romaines de Rusguniae près de Tamentfoust. Alger et sa Casbah sont à une demi-heure de route, hors heures de pointe.

Plus loin, la Kabylie et la côte de Béjaïa ont leurs propres spots, Boulimat et Tichy en tête, et des dizaines de pointes sans route d'accès qui s'allument sur les grosses houles de mistral. C'est une autre expédition, de plusieurs heures de route.

Ce qu'il faut prévoir

  • Votre planche et votre combinaison. Il n'y a pas de location fiable sur place.
  • Un visa, obligatoire pour les voyageurs français, belges et suisses. Il se demande au consulat, avec une adresse d'hébergement réservée, et prend du temps : ne vous y prenez pas trois semaines avant.
  • Un contact local si possible. Les surfeurs d'Alger sont accueillants et c'est par eux que vous saurez quel jour la houle arrive vraiment.
  • De la souplesse sur les dates. Venir pour Déca, c'est accepter de ne surfer que les jours où la Méditerranée le décide.

Questions fréquentes

Est-ce un bon spot pour débuter ?

Non. La vague casse fort sur une plage qui plonge, le line-up est agité par les périodes courtes, et il n'y a ni école ni moniteur installés. Pour une première semaine de surf en Afrique du Nord, le Maroc fait mieux sur tous les plans : Taghazout a des plages d'apprentissage, des camps, et une houle d'Atlantique qui ne s'arrête pas après deux jours.

Peut-on venir pour une semaine de surf garantie ?

Pas vraiment. Même en plein hiver, une semaine à Déca peut ne compter qu'un ou deux jours de vraies vagues. C'est un spot pour qui est déjà à Alger, ou pour qui accepte de jouer avec la météo.

Faut-il une voiture ?

C'est plus simple. Aïn Taya est à une trentaine de kilomètres du centre d'Alger, du côté de l'aéroport, et la côte se parcourt d'une plage à l'autre en quelques minutes.

Y a-t-il des dangers particuliers ?

Le fond est du sable, sans récif. Ce sont les courants qui demandent de l'attention, surtout par houle courte et forte, quand les séries s'enchaînent sans répit. On y va accompagné.

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